Pendant un an, l’invité le plus attendu de la fête fut aussi son grand absent. Lorsque la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a lancé à Dakar, le 30 septembre 2025, sa plateforme de paiement instantané, la PI-SPI, quarante-cinq (45) établissements ont ouvert le service au public. Wave n’en faisait pas partie. Il ne figurait pas davantage sur la liste du 16 septembre dernier.
Il est apparu le 30 septembre, jour de l’échéance, parmi les 175 participants autorisés (sur 191 concernés). Deux jours plus tard, la BCEAO annonçait que la gratuité des transferts entre particuliers, promesse fondatrice de la plateforme, serait limitée à 8 000 FCFA par jour. Au-delà, des frais pouvant atteindre 0,8 % deviendront possibles à partir du 2 novembre. Les banquiers centraux n’aiment pas qu’on les dise revenus sur leurs pas. Les faits, eux, ne s’embarrassent pas de ces scrupules.
Un modèle contre un principe. Wave a conquis l’Afrique de l’Ouest avec une idée d’une simplicité brutale : dépôts et retraits gratuits, envois facturés 1 %, dans la limite de 5 000 FCFA. L’entreprise revendique plus de 23 millions d’utilisateurs actifs par mois. Ses transferts, qui circulent en circuit fermé, sont sa principale source de revenus. La PI-SPI repose sur le principe inverse : des envois gratuits entre n’importe quel opérateur, banque ou institution de microfinance de l’Union. Pour Wave, s’y raccorder revenait à ouvrir sa clientèle captive à ses concurrents et à les laisser lui proposer, gratuitement, le service qu’il facture.
Les autres ont plié. Les banques se sont alignées tôt. Leurs marges ne dépendent guère des commissions de transfert, et la gratuité les menaçait peu : Ecobank, UBA, la CBAO ou la Société Générale Sénégal comptaient parmi les premiers participants. Plus instructif, Orange Money, qui tire comme Wave des revenus des frais d’envoi, figurait déjà sur la liste publiée en novembre 2025. Mais Orange avait de quoi voir venir : adossé à un opérateur de télécommunications, il peut absorber l’érosion de ses marges de transfert grâce à ses autres activités, voix, données et abonnements. Wave, qui dépend avant tout de ses transferts, ne dispose pas de ce coussin. Seul Wave a joué la montre.
Trop gros pour qu’on s’en passe. Il pouvait se le permettre. Une plateforme d’interopérabilité sans le portefeuille le plus utilisé de la zone est une plateforme boiteuse, et la BCEAO le savait. Les reports se sont succédé, jusqu’à celui annoncé le 25 juin 2026 pour l’échéance de connexion. Une banque centrale peut sanctionner un petit établissement récalcitrant. Elle hésite davantage lorsque l’intéressé compte des millions d’usagers qui s’en iraient, eux, sans sourciller.
Une victoire qui ne dit pas son nom. La nouvelle grille ressemble étrangement au modèle qu’elle devait combattre : gratuité sur les petites sommes, facturation au-delà, réception toujours gratuite. Elle est plafonnée plus bas que le 1 % de Wave, et la BCEAO affirme que le seuil de 8 000 FCFA couvre 75 % des transactions de monnaie électronique de l’Union. Elle invoque l’élargissement de l’accès des populations.
La victoire reste à confirmer. Les transferts internes de Wave ne passent pas par l’infrastructure de la BCEAO, et rien ne l’oblige à aligner ses tarifs. Il faudra voir, après le 2 novembre, quels participants factureront réellement, à quel taux, et si les clients apprendront à fractionner leurs envois pour rester sous le seuil. L’alignement des transferts entre pays de l’Union n’interviendra, lui, que le 1er juin 2027.
La BCEAO a tenu son échéance. Wave a tenu son modèle. Des deux, c’est le second qui a le plus de chances de durer.
