Souleymane Bassoum s’est montré très critique à l’égard du projet agro-industriel de Sadio Mané à Bambali. Il se présente comme un spécialiste de la filière mangue en Afrique de l’Ouest, se dit numéro un du secteur sur le continent et revendique une expérience d’ancien expert de l’Union européenne sur la mangue. Il a qualifié l’initiative de « catastrophe », affirmant qu’une partie significative de la récolte, 12 000 à 18 000 mangues selon les reprises de son intervention, ne pourrait pas être transformée. Son inquiétude porte sur la concentration de 500 hectares de manguiers Kent dans une seule zone, à Boudhié Mar, près de Bambali : une récolte resserrée sur environ 45 jours, dit-il, exposerait le projet à un effet d’éthylène susceptible de saturer la collecte et la conservation.
Sur le plan technique, l’argument n’est pas sans fondement. Bassoum recommande d’étaler les plantations entre plusieurs zones agroécologiques, 300 hectares à Tambacounda, 100 hectares à Kaffrine-Kaolack et 300 hectares à Bambali, afin de différer les périodes de récolte plutôt que de les concentrer. SM10 Agro communique de son côté sur un déploiement progressif de sa plantation plutôt que sur une mise en culture simultanée des 500 hectares.
Ce qui est vérifiable, en revanche, dépasse ses propres déclarations. Bassoum dirige effectivement Quality Fruit Sénégal, une exploitation basée à Mont-Rolland (région de Thiès) qui emploie plus de 3 500 personnes et a récolté plus de 13 000 tonnes de fruits et légumes, dont mangues et bananes, sur une saison. Il est également répertorié comme directeur commercial pour l’Afrique de l’Ouest (« Sales director West Africa ») de Go&Grow Farm Solutions, société néerlandaise spécialisée dans la mécanisation agricole, le stockage des récoltes et la transformation ; soit précisément les métiers que SM10 Agro cherche à internaliser sur place.
Bassoum revendique un passé professionnel dans ce circuit européen. Or SM10 Agro propose justement une alternative à cette dépendance : une plateforme de traitement local annoncée entre 8 500 et 10 500 tonnes par an selon les sources, avec transformation sur place (pulpe, mangue séchée, beurre de mangue) plutôt qu’un tri destiné à l’export européen.
L’angle européen mérite d’être noté. Une partie de la filière mangue casamançaise reste aujourd’hui orientée vers l’export vers l’Union européenne, un marché aux exigences phytosanitaires strictes qui limite de fait les volumes exportables, une forme de protectionnisme vert qui est déjà une contrainte pour la région. Bassoum revendique un passé professionnel dans ce circuit européen. Or SM10 Agro propose justement une alternative à cette dépendance : une plateforme de traitement local annoncée entre 8 500 et 10 500 tonnes par an selon les sources, avec transformation sur place (pulpe, mangue séchée, beurre de mangue) plutôt qu’un tri destiné à l’export européen.
Rien de tout cela ne rend ses arguments techniques faux. Mais un homme qui dirige une exploitation fruitière de cette taille, vend des équipements de stockage et de transformation en Afrique de l’Ouest, et se rattache professionnellement au circuit d’export vers l’UE, n’est pas un commentateur neutre face à un projet qui propose de transformer la mangue localement plutôt que de l’exporter selon les standards européens. Ses réserves méritent d’être examinées sur le fond, idéalement par des agronomes indépendants, mais elles se lisent différemment une fois ces éléments connus.
