AWA : La révolution wolof – Quand un Sénégalais crée l’IA qui libère son pays du français

« Le français, ce n’est pas pour tout le monde. Pourquoi devrais-je forcer un Sénégalais à parler français pour accéder à un service bancaire ou lire une actualité ? »

Cette phrase n’est pas une simple provocation. C’est le point de départ d’une décolonisation numérique en marche. À 29 ans, Alioune Badara Mbengue a refusé la fatalité d’un digital qui exclut. Sa réponse ? AWA, la première intelligence artificielle conversationnelle qui parle, comprend et réfléchit en wolof. Alors que le Sénégal accélère sa transformation numérique, Alioune vient d’être sélectionné pour la couverture de Forbes Africa 30 Under 30 (2026). Un signal fort : l’Afrique ne veut plus seulement consommer l’IA, elle veut la coder.

Le réveil d’un enfant de Dakar

L’histoire d’Alioune commence dans les rues animées de Dakar. Très tôt, le jeune homme est frappé par une injustice flagrante : l’analphabétisme en français est souvent confondu avec un manque d’intelligence ou de capacité économique. Dans un pays où le wolof est la lingua franca, l’absence de services numériques dans cette langue crée un véritable « apartheid digital ».

Après une formation solide au Sénégal, complétée par un cursus en Italie, Alioune aurait pu céder aux sirènes des géants de la Silicon Valley. Il a choisi le chemin de la résistance entrepreneuriale. Son constat était simple : pour qu’une technologie soit utile à sa mère, à son oncle commerçant à Sandaga ou à l’agricultrice de la zone des Niayes, elle doit parler leur langue. Non pas comme une option de traduction Google approximative, mais comme une langue maternelle.

AWA : Sous le capot de l’IA « Made in Senegal »

Techniquement, le défi est colossal. Les modèles comme GPT ou Llama reposent sur des volumes de données textuelles massifs, majoritairement en anglais ou en français. Comment entraîner une IA performante sur une langue dite « peu dotée » comme le wolof ?

Alioune et son équipe chez Andakia ont dû innover. Ils ne se sont pas contentés de traduire ; ils ont nourri AWA de la culture, des idiomes et des nuances spécifiques au Sénégal.

Déverrouiller l’économie réelle : L’impact AWA

Imaginez une commerçante qui, d’un simple message vocal sur WhatsApp, peut demander à AWA : « Naka laa mënë amé natt ci bank bi ? » (Comment puis-je obtenir un prêt à la banque ?). En quelques secondes, l’IA lui explique les procédures, compare les taux et l’aide à remplir les pré-requis, le tout sans qu’elle ait besoin de déchiffrer un formulaire administratif en français. AWA est une infrastructure de croissance. Elle permet d’intégrer des millions de consommateurs jusque-là invisibles pour le secteur bancaire, l’e-commerce et les services publics. Ce n’est pas qu’un gadget technologique, c’est un levier d’inclusion financière et sociale massif.

Lire aussiTamsir Ousmane Traoré : Un parcours d’entrepreneur

La vision panafricaine : Au-delà du Wolof

Alioune Badara Mbengue ne compte pas s’arrêter au wolof. Sa vision avec Andakia est claire : créer un hub de l’IA pour les langues africaines. Le Pulaar, le Sérère, le Mandinka sont déjà dans le viseur.

« L’Afrique n’est pas qu’un marché pour l’IA occidentale. L’Afrique crée l’IA de demain. Et elle la crée dans ses propres langues, pour ses propres besoins. »

Bien sûr, les défis restent de taille. La monétisation durable d’un tel outil, la protection contre les biais algorithmiques et la nécessité de partenariats solides avec l’État et le secteur privé sont les prochains combats d’Alioune. Mais le cap est fixé.

Soyez informés à chaque nouvelle publication

A découvrir

L’Afrique est-elle en train de rater le siècle de l’intelligence artificielle ?

Pour alimenter un seul centre de données, il faudrait éteindre le pays. C'est, en substance, ce que le président kényan, William Ruto, a expliqué en novembre 2025 à propos du campus que Microsoft et G42, un groupe émirati, projettent...

Wave, trop gros pour plier

Pendant un an, l'invité le plus attendu de la fête fut aussi son grand absent. Lorsque la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a lancé à Dakar, le 30 septembre 2025, sa plateforme de paiement instantané,...

Le poids d’un mot

Dans les années 1970, l'économiste Michael Spence fit remarquer qu'un diplôme ne vaut pas seulement par ce qu'il enseigne, mais par ce qu'il révèle : un candidat prêt à payer cher pour l'obtenir envoie un message qu'un autre, moins...

Enjoy exclusive access to all of our content

Get an online subscription and you can unlock any article you come across.