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Comment faire d’un village un pôle économique

Sadio Mané a d'abord donné à Bambali un hôpital, un lycée et un stade. Il lui promet maintenant une usine. Reste à savoir si la générosité d'un homme peut devenir une économie.

Il y a près de vingt ans, Sadio Mané a quitté Bambali à 15 ans pour tenter sa chance dans le football. Le 19 septembre, l’enfant du village est revenu poser la première pierre d’un chantier qui, s’il aboutit, changera la nature de sa relation avec sa terre natale : SM10 Agro, un parc agro-industriel d’environ 500 hectares, pour un investissement annoncé de 11,7 milliards de francs CFA, soit près de 17,8 millions d’euros. « C’est ici que mes rêves ont commencé », a-t-il déclaré ce jour-là devant des responsables de la région et de l’État.

Bambali, dans la région de Sédhiou, en Casamance, a longtemps ressemblé à bien d’autres villages du sud sénégalais : fertile, enclavé, en retard sur les infrastructures. Puis un de ses fils est devenu l’un des meilleurs attaquants du monde, et le village a changé de statut. Il lui doit un hôpital desservant Bambali et 34 villages environnants, une mosquée, un bureau de poste et une station-service, ainsi qu’un lycée doté d’un complexe sportif et d’une bibliothèque, puis un hôpital dont le coût était estimé à 2 milliards de francs CFA. Vint ensuite le football lui-même : un stade de 1 000 places à pelouse synthétique, réalisé en collaboration avec Pepsi.

Ce type de largesse est courant chez les stars africaines du ballon rond. Ce qui l’est moins, c’est la suite. Après l’école, les soins et le sport, Sadio Mané s’attaque à ce qui fait vivre un village : le revenu.

Un fruit qui pourrit sur pied

Le diagnostic de départ est simple. Selon les chiffres présentés par Sadio Mané lui-même, 30 à 40 % des récoltes de mangues seraient perdues faute de capacités suffisantes de stockage et de transformation. La Casamance produit beaucoup de mangues et en gâche une bonne part. Par ailleurs, les volumes qui ne s’exportent pas vers l’Union européenne, à cause des exigences phytosanitaires, pourraient être mieux valorisés sur place, et la région dépend de Dakar pour l’emballage et l’étiquetage, absents de la Casamance.

Le projet répond à ces faiblesses. Il prévoit une station de traitement de 8 500 tonnes par an, trois unités de transformation (pulpe, mangue séchée, beurre de mangue) et une plantation progressive de 500 hectares de manguiers Kent, ainsi qu’un centre de formation et un centre de recherche et développement. L’agence de promotion des investissements, l’APIX, prévoit plus de 1 000 emplois directs, avec, selon les organisateurs, une attention particulière aux jeunes et aux femmes de la région. L’État a apporté son soutien : cinq ans d’exonérations fiscales et douanières sur certains équipements importés.

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Ce que Bambali peut y gagner

Pour un village de cette taille, l’enjeu dépasse le nombre de postes. Une usine de transformation crée une demande locale stable pour les producteurs, qui ne dépendent plus d’un acheteur de passage à la saison des pluies. Elle attire les services annexes : transport, emballage, maintenance, restauration. Elle ancre des compétences, avec le centre de formation. Si tout fonctionne, la valeur ajoutée reste en Casamance au lieu de partir avec le fruit brut.

Il y a aussi un effet de démonstration. Un projet qui prouve qu’on peut transformer de la mangue à Sédhiou, de façon rentable, attirera d’autres investisseurs plus sûrement que dix discours sur le désenclavement du Sud.

Une base sur laquelle l’État peut bâtir

Ce qui distingue l’engagement de Sadio Mané, c’est qu’il laisse derrière lui des équipements durables, utilisables par la collectivité. L’hôpital qui dessert Bambali et 34 villages environnants, le lycée et son complexe sportif, le stade à pelouse synthétique : chacun est un point d’appui pour les politiques publiques. Les autorités de santé peuvent y affecter du personnel et des programmes, l’éducation y étoffer son offre, le sport y organiser la détection et la formation des jeunes talents. Le promoteur a posé les fondations, à l’État et aux collectivités d’en faire des pôles de service public.

SM10 Agro s’inscrit dans la même logique. Le projet est accompagné par l’APIX et bénéficie du nouveau cadre des investissements, avec cinq ans d’exonérations sur certains équipements importés. Il répond aussi à une priorité nationale, la souveraineté alimentaire et la création d’emplois dans les régions périphériques. Le Groupe Confluence et le cabinet Oyo participent également à son déploiement, ce qui témoigne d’une structuration au-delà de la seule personne du fondateur.

Du don à l’entreprise

C’est peut-être là le plus intéressant. Pendant des années, Sadio Mané a offert à Bambali des infrastructures qui comptent pour ses habitants. Avec SM10 Agro, il lui propose de produire, de transformer et de vendre. Le premier geste relève de la reconnaissance, le second de l’économie. Porté par des partenaires institutionnels et une montée en puissance par étapes, ce projet a vocation à s’inscrire dans la durée, et Bambali pourrait cesser d’être le village d’un footballeur célèbre pour devenir le centre d’une filière. Pour la Casamance, ce serait un modèle : celui d’une réussite individuelle qui prépare un développement collectif.

 

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